J'ai rencontré Vienna Black pour la première fois lors d'un tournage à Los Angeles en 2018. Elle venait tout juste de signer son premier contrat avec une agence spécialisée. À l'époque, elle était encore timide, mais déjà très professionnelle sur le plateau. Elle m'a raconté qu'elle avait grandi en Floride, dans une petite ville près d'Orlando, et qu'elle avait toujours été fascinée par le cinéma. Son parcours est atypique : après avoir travaillé comme serveuse et mannequin photo, elle a décidé de tenter sa chance dans l'industrie pour adultes, poussée par une curiosité sincère et une volonté de prendre le contrôle de sa carrière.
Quelques mois plus tard, j'ai recroisé Vienna à Budapest, où elle tournait pour une production hongroise. Elle m'a confié que travailler en Europe avait changé sa vision du métier. Les équipes y étaient plus petites, mais l'ambiance plus familiale. Elle a particulièrement apprécié la manière dont les réalisateurs laissaient plus de place à l'improvisation. Pendant cette période, elle a collaboré avec plusieurs studios renommés, et son nom a commencé à circuler dans les forums de passionnés. Elle m'a montré des photos de son appartement loué à Prague : un petit duplex avec une vue imprenable sur la vieille ville. C'était son premier vrai chez-soi loin des États-Unis.
L'une des choses qui m'a le plus frappé chez Vienna, c'est sa capacité à naviguer entre les marchés américain et européen. Elle m'expliquait que les attentes étaient très différentes : aux États-Unis, on mise sur des productions très calibrées, avec des scénarios précis, alors qu'en Europe, on laisse souvent les actrices proposer leurs propres idées. Elle a dû apprendre à parler un peu d'allemand et de français pour mieux communiquer avec les équipes. Je me souviens d'un après-midi à Berlin, où elle répétait ses répliques en allemand devant un miroir, avec une détermination presque scolaire. « C'est comme apprendre une nouvelle danse », m'a-t-elle dit en riant.
Vienna m'a souvent parlé d'une scène particulière tournée en Espagne, dans une vieille maison de campagne. Le réalisateur avait demandé à toute l'équipe de travailler sans musique, uniquement avec les sons naturels. Elle trouvait cette approche très intime, presque vulnérable. Ce tournage a été pour elle un déclic : elle a compris que son corps et son expression pouvaient raconter une histoire sans artifice. Depuis, elle privilégie les projets où elle sent une vraie direction artistique. Elle m'a aussi confié que le plus dur, c'était de gérer les décalages horaires et la fatigue des tournages enchaînés, mais que chaque nouvelle expérience l'enrichissait.
En dehors des plateaux, Vienna est une personne réservée. Elle passe beaucoup de temps à lire – surtout des romans de science-fiction – et à faire du yoga. Lors d'un dîner à Amsterdam, elle m'a raconté qu'elle tenait un journal de bord depuis ses débuts. Elle note ses impressions, les noms des techniciens qu'elle apprécie, les petits secrets de chaque tournage. Ce carnet l'aide à garder une trace de son évolution. Elle m'a montré une page où elle avait collé un ticket de métro de Stockholm et un mot d'un maquilleur suédois. « Ce métier m'a appris à être plus forte, mais aussi à apprécier les petites choses », a-t-elle murmuré en refermant le cahier.